Jour de marché

Le jeudi est jour de marché à Nyagatare…

Transport de bananes vers le marché de Nyagatare...

Transport de bananes vers le marché de Nyagatare…

Dès le lever du soleil, lourds paquets en équilibre sur la tête, les marchands affluent des quatre coins du district…

Marchandes en provenance du secteur de Mimuli

Marchandes en provenance du secteur de Mimuli

Sur la route nationale entre Matimba et Nyagatare...

Sur la route nationale entre Matimba et Nyagatare…

Près de Yabega... à 11 kilomètres de Nyagatare...

Près de Rwimiyaga…

… et convergent vers un immense espace aménagé aux portes de la ville. (Un nouveau marché couvert est en construction mais n’ouvrira ses portes que dans plusieurs mois).

Marché de Nyagatare, jeudi 7 février (Photo Rosalie)

Marché de Nyagatare, jeudi 7 février (Photo Rosalie)

Le marché de Nyagatare

Le marché vu sous un angle différent

À pied ou à bicyclette, ils arrivent par dizaines, en cortège, des collines et des villages voisins, bébés sanglés derrière le dos ou régimes de bananes accrochés à l’arrière des vélos.

Entre Mimuli et Rukomo...

Entre Mimuli et Rukomo…

Autres régimes de bananes... Chaque régime se vend au marché entre 5000 et 6000 francs rwandais (environ 8-9 dollars canadiens).

Le régime de bananes se vend au marché entre 5000 et 6000 francs rwandais (environ 8-9 dollars canadiens).

Contrairement aux pays d’Amérique centrale ou d’Asie du sud-est comme le Vietnam ou la Thaïlande où l’ambiance dans les marchés est en général festive, gaie, bruyante, l’atmosphère dans les marchés rwandais est beaucoup plus calme, presque feutrée.

Ici, pas de cris ni d’agitation pour attirer les clients. Les vendeurs se tiennent d’habitude debout et silencieux près de leurs marchandises et attendent que les clients les abordent.

Vendeur de racines (imyumbati) attendant les clients devant son vélo

Vendeur de racines (imyumbati) attendant les clients devant son vélo

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Une fois le contact établi, la discussion autour du prix ou de la qualité de la marchandise se déroule selon un code bien précis, en privé, à voix basse et sur un ton presque confidentiel.

De ces échanges entre marchands et clients émane une grande dignité. Personne ne hausse la voix; les transactions s’opèrent en respectant une tradition qui protège et honore la fierté de chacun.

Comment expliquer cependant qu’il y ait au marché si peu de variété dans le choix des aliments offerts au public?

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Un peu plus de variété à l'intérieur d'une autre boutique...

Un peu plus de variété à l’intérieur de certaines boutiques…

(Photo Rosalie)

(Photo Rosalie)

Écoutons un agriculteur, rencontré il y a quelques jours sur la route de Mugare.

Arrivé dans la région de Nyagatare avec sa famille en 1995 (juste après « la guerre » comme on appelle ici la période qui a précédé et suivi le génocide), en provenance de l’Ouganda, l’état lui a octroyé à son retour un terrain de deux hectares situé dans les collines à cinq ou six kilomètres du centre-ville et du marché de Nyagatare.

Reconnaissant envers les autorités, cet agriculteur a dû cependant se plier aux réglements très stricts du district. Comme tous les autres paysans, il ne peut exploiter sur sa terre que les cultures autorisées par le gouvernement dans cette zone agricole: maïs, manioc, sorgho (un dérivé du mil), pommes de terre, arachides, diverses racines et quelques légumes courants (haricots, choux, oignons, tomates…).

Comme beaucoup d’agriculteurs de la région, il a du mal tous les mois à joindre les deux bouts, mais il ne se plaint pas. Sa famille et lui ont de quoi manger.

C’est qu’en dépit de la croissance économique phénoménale qu’a connu le Rwanda depuis dix ans, une grande partie de la population rurale vit encore dans le dénuement le plus complet, sans électricité ni accès direct à l’eau potable – comme en témoignent ces quelques photos prises ces derniers mois dans différents secteurs du district…

Paysanne de Mugare cultivant (pieds nus) son champ

Paysanne de Mugare cultivant (pieds nus) son champ…

Dans la "cuisine" d'une petite maison de campagne entre Burumba et Mugare...

Dans la « cuisine » d’une petite maison de campagne entre Burumba et Mugare…

Sans-abri errant dans les rues de Nyagatare...

Sans-abri errant dans les rues de Nyagatare…

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Pour les familles, la recherche de l’eau – même saumâtre et insalubre (pour les étrangers) – est un souci quotidien. Partout sur les routes de campagne, hommes, femmes et surtout enfants parcourent avec leurs bidons des kilomètres et des kilomètres afin de s’approvisionner dans un des puits ou des points d’eau de leur secteur… en espérant que ces puits ne soient pas à sec, comme cela arrive souvent ces jours-ci, entre janvier et mars, entre deux saisons des pluies.

À la recherche d'eau sur la route de Mimuli et, ci-dessous, près du village de Mugare...

À la recherche d’eau sur la route de Mimuli… et, ci-dessous, entre Mugare et Burumba…

On ne voit pas beaucoup ces images dans les médias internationaux ni dans les brochures pour touristes…

C’est que le Rwanda, qui préserve jalousement sa réputation de petite Suisse au coeur de l’Afrique, est depuis des années la coqueluche des magazines économiques et un terrain fertile pour les investisseurs étrangers qui n’hésitent pas (un peu trop rapidement à mon avis) à comparer le centre-ville de Kigali à Singapour et l’essor du pays à celui des « Tigres » de l’Asie du sud-est (Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Vietnam).

Pour  la grande majorité des rwandais cependant, en particulier ceux qui résident hors des grandes villes, ce « miracle économique » n’a jamais eu lieu ou ressemble à un mirage…

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Un dernier mot avant de conclure…

Belle surprise cet après-midi après une longue séance de travail avec les enseignants et le directeur de l’école Bufunda, située dans le secteur de Makuma, un des plus pauvres du district.

En nous raccompagnant vers les motos qui doivent nous ramener à Nyagatare (à 90 minutes de route), et en guise de remerciement pour le travail accompli avec son équipe, le directeur, Célestin, me confie qu’il a un cadeau à remettre à mon collègue Daniel et moi… et s’éclipse mystérieusement pendant quelques secondes…

Lorsqu’il revient, Célestin a dans les mains une grande boîte en carton avec, à l’intérieur…

Jeudi après-midi, 7 février, en compagnie de la directrice-adjointe et du directeur de l'école Groupe Scolaire Bunfunda, Célestin... avec... deux poulets!

Jeudi après-midi, 7 février, en compagnie de la directrice-adjointe et du directeur de l’école Groupe Scolaire Bunfunda, Célestin… avec… deux poulets! (Photo Daniel M)

… deux poulets! Une façon traditionnelle, au Rwanda, me dit-il avec un grand sourire, de dire merci… et d’exprimer sa reconnaissance…

Les deux poulets (dans leur boite) ont été sagement ramenés à Nyagatare sur le porte-bagages de la moto… L’un d’eux (sentant le traquenard et prévoyant sans doute la suite) a essayé de s’échapper en route…

Il a été rattrapé dans un champ de maïs.

12 réflexions sur “Jour de marché

  1. Cher Max,
    Les belles couleurs du marché comme celui de Jean Talon (notre belle et longue visite l’été dernier…..)
    Tu as bonne mine, frérot !
    Comment était le poulet ?
    Ben

    • Bonjour Ben,
      Nous avons adoré notre visite avec vous au marché Jean-Talon l’été dernier! Si nous pouvions inviter un ou deux marchands de Nyagatare à visiter ce marché, à Montréal, comment réagiraient-ils, que nous diraient-ils?
      Une des grandes différences, c’est qu’au Rwanda l’utilisation commerciale ou la vente des sacs en plastique sont interdites. Pour emballer ou transporter les marchandises, vendeurs et clients utilisent ici le papier ou le carton..
      Quant aux deux poulets… ils n’ont pas fait long feu. Moins d’une heure après leur arrivée jeudi, ils mijotaient dans une casserole…

  2. Salut l’ami Max,
    Je rentre de Californie ou j’ai passé une petite semaine avec mes petits-enfants qui grandissent trop vite… mais c’est la vie.
    Quel bonheur de te lire. Je me régale de tes talents journalistiques et surtout de ton regard critique du développement. Les disparités économiques sont toujours choquantes. Comment se fait-il que notre monde ne parvient pas à une certaine justice sociale et un meilleur partage des ressources. Quand on sait que les occidentaux en général gaspillent quelque 40% de leur nourriture, on se demande quelle révolution chez nous changera la distribution de ce besoin essentiel.
    Je pars pour le Vietnam dans 2 semaines pour 2 mois. On garde contact
    Xin chao
    JG

    • Bonjour et merci, Jean-Guy,
      Quelle coincidence! Mon collègue Daniel et moi avons rencontré hier à Nyagatare une Soeur, Vu Linh, originaire de… Dalat, au Vietnam! Elle est au Rwanda depuis quatre ans mais retourne régulièrement voir sa famille. Soeur Vu Linh parle un français impeccable. Nous allons la revoir.
      J’aurais aimé t’accompagner au Vietnam, Jean-Guy, et revoir Nha Trang, Sapa, Hanoï, Sadec et le delta du Mékong… Bon voyage, et SVP transmets le bonjour à tous les ex-collègues de l’Université de Dalat!

  3. Continue Max à nous raconter, toujours avec passion(J’ai même l’impression de t’entendre les dire) tes histoires qui ne manquent pas non seulement d’exotisme mais surtout d’humanisme. Les photos en plus sont pleines de candeur.

    • Merci, Robert! Ce serait formidable de te voir arriver au Rwanda avec un micro et une petite équipe de R-C. Il y a tant de reportages radio poignants à réaliser ici, et les interlocuteurs francophones ne manquent pas. SVP mes amitiés à Jean W.

  4. Allô,
    Depuis le début de tes reportages, je suis impressionné par la dignité des Rwandais. La partie de ton article sur le marché est édifiante.
    Les filles et moi partons la semaine prochaine pour une semaine de vacances au Costa Rica. On prendra des photos.

    • Allo et merci Alix,
      Tu as tout à fait raison. Lorsqu’on voit les conditions de vie de la grande majorité des Rwandais, dans les campagnes, on ne peut que saluer leur courage et leur détermination. Combien de temps vont-ils supporter ces inégalités? Bon voyage avec les filles au Costa Rica!

  5. Dear Max,
    The Nyagatare market sounds, odours, colours bring back memories of other third world markets: Oaxaca, San Cristobal, Nha Trang, Dalat, Taroudant… I am humbled by the children searching for water… How can we help?

    • Thank you MTK. There are so many different ways to help! Here are three suggestions:
      1) Volunteer (or fundraise) for a worthy NGO working to improve/ensure access to clean water in remote, rural areas all over the world.
      2) Write to your MP (and visit their constituency office) to demand additional funding for CIDA (ACDI) projects and Canadian foreign aid.
      3) Connect groups of elementary/secondary/university students (and their teachers) in Vancouver or elsewhere with poor, deprived communities in Africa, South-East Asia, Central or South America, listen to what their needs are, and try to help, step by step.

  6. Salut Max,
    Qui a eu le plaisir de « préparer » les poulets? Je n’aurais pas eu le goût! Tant qu’à la loi qui interdit les sacs en plastiques, j’aimerais voir la même chose partout. Quel fléau! J’ai aussi remarqué dans la première photo au marché une femme qui tient un téléphone mobile à l’oreille. Est-ce que c’est très répandu chez les vendeurs? J’ai lu que le mobile est devenu un lien important dans les marchés de l’Afrique pour mieux établir un prix pour les producteurs et les vendeurs en comparaison les prix dans les marchés en ville avec ceux à la campagne. À bientôt, Ian

    • Bonjour Ian,
      Notre gardien et homme à tout faire, Théogène, étant parti quelques jours voir sa famille à Musanze (Province du Nord), c’est l’épouse rwandaise de mon collègue Daniel qui s’est chargée de dépecer les poulets. C’est comme cela que cela se passe ici. Aucun magasin à Nyagatare ne vend du poulet déjà apprêté ou emballé et prêt à être consommé (à cause du manque de réfrigération entre autres). La tradition rwandaise (à la campagne) dicte que si vous voulez du poulet, vous allez en chercher un (vivant) au marché ou chez un voisin. Une fois revenu à la maison, vous lui tranchez la gorge, vous le déplumez, vous le lavez, et hop, dans la casserole… Tout cela prend en moyenne vingt minutes.

      Pour ce qui est du plastique, le Rwanda a adopté une loi, en septembre 2008, interdisant strictement sur tout le territoire l’importation, la distribution et la vente de sacs en plastique. C’est d’ailleurs une des premières choses que les passagers entendent dans l’avion avant d’attérir à l’aéroport de Kigali. « Les sacs en plastique sont interdits et peuvent être saisis à la douane » Ce qui arrive rarement, mais le message est clair. Tous les 3 ou 4 mois, les journaux publient des articles sur des marchands, Ougandais pour la plupart, qui essaient d’infiltrer des sacs en plastique sur le marché rwandais. Ils sont sévèrement punis, et les récidivistes doivent payer des amendes considérables. Le gouvernement tient bon. Bravo!

      Pour les téléphones cellulaires, pratiquement tous les adultes en ont un. On voit fréquemment les marchandes sur les routes ou dans les marchés un téléphone à la main. Les portables les plus abordables, d’occasion, coûtent environ 4 000 ou 5 000 francs rwandais ($6-$8), et un appel de 3 minutes au Rwanda revient environ à 200 ou 300 francs rwandais (30 à 45 cents). Les marchandes utilisent probablement leurs portables pour communiquer/échanger de l’info sur le prix des marchandises. À bientôt, Ian. On se voit dans quelques mois.

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